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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 15:46

 

 

On est là,

sur l’esplanade d’une gare.

C’est un dimanche et un 29 avril et on attend un train.

 

Sous un ciel lavé et un vent qui semble pour un temps vouloir s’apaiser, on regarde.

Aux pieds d’un homme de pierre blanche, dans sa souffrance allongé,

des hommes, des drapeaux, quelques femmes.

Des fleurs en gerbes laides, une à une, à ses pieds liés, déposées.

 

On regarde sans comprendre,

et pourtant on comprend.

Il y a là aussi des hommes qui jouent et des notes qui s’élèvent.

Et vient le Chant des Partisans.

 

On est loin, on n’était pas là pour ça.

L’esplanade est blanche et presque rieuse,

et calme et grave.

 

On ne peut pas ne pas regarder,

on ne peut pas ne pas écouter.

Mais d’autres images déboulent.

On ne les avait pas invitées,

elles s’imposent.

 

On sait si peu, trop peu, si peu,

de ce grand-père qui, un jour de l’année 1939,

dans cette même gare,

a du quitter.

Qui, quelques années plus tard, à nouveau, ce parvis, a foulé.

 

Plus de foule,

pas de fleurs ni de clairons,

seulement une femme et deux garçons.

 

C’était trop loin d’où il venait,

là où on l’avait envoyé.

C’était trop tard quand il est rentré,

les clairons s’étaient envolés.

 

On veut croire qu’il s’en serait moqué des clairons,

on en est presque persuadée.

Mais on ne sait rien,

rien que les deux ou trois bribes d’histoires qu’on nous a racontées,

et à partir desquelles on s’est mise à broder.

 

Il revenait de loin,

de plus loin encore.

On imagine qu’il ne devait pas être très épais.

On ne sait pas s’il restait de la lumière dans ses yeux.

On se demande.

 

On est là,

avec ces trois mots et ces images en tête,

avec des flots de larmes,

et des sanglots qui émergent d’un profond qu’on avait oublié.

 

On se fout de ceux-là et de leurs gerbes laides,

on pense à un homme.

 

Les hommes,

on les met dans des cases.

Résistants – déportés – Fusillés.


Mais il y a ceux, qui, par bonheur ou par malheur, n’y entreront jamais.

 

Je n’ai pas vu au pied de la statue,

 « Aux soldats de seconde classe,

partis sans avoir rien demandé,

qui n’ont pas baissé les bras,

les ont brûlés pour ne pas les donner,

qui n’ont pas baissé la tête,

et l’ont payé »

 

Ni résistants, ni déportés, ni fusillés,

mais les trois à la fois,

six ans après être partis, ils sont rentrés,

maigres et balafrés.

Sur le quai,

personne, sinon une femme et deux enfants, ne les attendait.

 

Ils ne seront jamais « résistants », « déportés », « fusillés »,

l’État n’a pas voulu.

Ça coûte cher une guerre.

N’ont jamais cessé de résister pourtant,

en ont payé le prix, dans leur chair, leur vie.

 

Il n’y avait pas de gerbes ce dimanche pour les oubliés, les reniés,

pour les injustement sacrifiés.

Pas de clairon non plus pour ceux qui n’avaient rien demandé,

qui ont été trahis, abandonnés.

 

Il y en avait en moi,

des fleurs,

et elles n’étaient pas laides.

 

Il y en avait pour lui,

et pour tous ceux qui comme lui sont partis,

sans avoir rien demandé.

Pour ceux qui sont rentrés, ou pas,

de si loin,

de là-bas,

les avant-bras brûlés,

et la lumière dans leurs yeux à jamais envolée.

 

Fleur rouge001

 

Ce là-bas-là.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by gaelle boissonnard
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commentaires

christine 20/11/2012 20:53

bonjour Gaëlle,
J'aime votre art, j'adore vos petites bonnes femmes.
Continuez, ne vous arrêtez surtout pas en si bon chemin.Elles respirent toutes la féminité, la douceur, une certaine malice,elles sont nature et pleines de fraîcheur.
Je vous suis fidèle depuis votre commencement et ne me lasse pas. Bravo!

blanes 07/11/2012 21:19

comme beaucoup c'est vos magnifiques peintures qui m'ont guidées jusqu'à vous...que de prouesses pour trouver votre nom!!! voilà tout simplement un grand merci pour vos dessins qui font rêver, qui
amène un peu de douceur et de gaieté et inspire une jeune maman à faire de jolis dessins pour les enfants!!! bravo
et pour ce magnifique poème, je dirai simplement qu'il reflète encore cette sensibilité qui se dégage de vos créations. merci

annick 23/06/2012 19:40

Ce texte et la vérité qu'il raconte me bouleversent au plus profond de moi. C'est notre histoire à tous. Merci de le rappeler.
Cette petite visite d'aujourd'hui est bien différente des autres. J'adore tout ce que vous faites. Je suis toujours très admirative. Aujourd'hui aussi je suis très admirative. Merci

atelier pouss'y air de fée 12/05/2012 07:22

Bonjour Gaelle !

Besoin de parler , oup's ecrire a une inconnue , artiste et sensible ;
J'ai ete happée par la fantaisie de vos dessins reproduits sur de jolies cartes postales et petits carnets d'ecritures . Avec mes filles je me suis inscrite a un cours de peintures , l'ainée a
bientôt 22 ans , la petite 5 ans et toutes les trois nous partons parcourir , sous l'oeil bienveillant de notre professeur les chemins ardus, et pourtant delicieusement liberateur de la peinture .
Nous nous inspirons de vos petites bonnes femmes et ma fille ainée m'a proposé de taper votre nom sur internet ! Votre travail ecrit comme peint me touche beaucoup ... MERCI .

Zac Deloupy 11/05/2012 10:24

Merci de partager cela avec nous. Bises.